Un momentum favorable aux investissements au Québec

Jean-François Nolet | octobre 14, 2020

Si le Québec a fait preuve de leadership dans le déploiement et le développement d’une industrie des énergies renouvelables depuis le début des années 2000, le rythme a quelque peu diminué depuis le dernier appel d’offres en énergie éolienne, conclu en 2014. Avec la mise en service des différentes phases du complexe hydroélectrique de La Romaine et de quelque 4000 MW d’énergie éolienne, au moment où la demande en électricité stagnait et que des gains de 10 TWh étaient réalisés en efficacité énergétique, de nouveaux projets en énergie renouvelable, aussi novateurs et porteurs pour l’économie soient-ils, étaient soudainement plus difficiles à justifier.

Mais cette situation évolue. Rapidement, par surcroît. Les efforts pour promouvoir l’électricité verte du Québec comme un avantage économique portent fruit. Ceux-ci devraient être accélérés par la parution prochaine du Plan pour l’économie verte du Québec. L’électricité du Québec devient un atout pour attirer des industries. Pour électrifier des secteurs économiques. Et cela se répercute dans la planification du réseau électrique québécois.

À l’automne 2019, Hydro-Québec Distribution publiait une nouvelle mouture de son Plan d’approvisionnement, contenant des prévisions jusqu’à 2029. Pour la première fois depuis plusieurs années, nous pouvions y remarquer que la société d’État prévoit un déficit en énergie à partir de 2026, appelé à s’accroître jusqu’à 2029.

Bien sûr, depuis l’automne dernier, le paysage a été bouleversé par l’apparition de la pandémie à laquelle nous devons tous faire face et qui a des impacts sur la demande en électricité au Québec. Hydro-Québec prévoit toutefois que ces impacts ne se répercuteront pas à moyen et à long termes. En d’autres mots, Hydro-Québec prévoit que l’électricité verte du Québec sera une denrée toute aussi recherchée et populaire une fois que l’économie aura repris son erre d’aller.

C’est sans doute ce qui a poussé Hydro-Québec à mener au cours des derniers mois une consultation du secteur de la production de l’électricité à laquelle l’Association canadienne de l’énergie renouvelable et plusieurs de ses membres ont été des participants actifs. De nombreux intervenants y ont soulevé à quel point l’énergie éolienne est la solution la plus abordable qui s’offre en termes de nouveaux approvisionnements alors que l’énergie solaire et le stockage d’énergie voient aussi leurs coûts diminuer de façon importante et peuvent constituer des solutions plus qu’intéressantes pour le réseau québécois.

La nouvelle présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Mme Sophie Brochu, a d’ailleurs très bien résumé la situation au cours de l’été lors d’une intervention à l’Assemblée nationale. Les barrages du Québec ne débordent pas, ils permettent d’accumuler un potentiel latent, qui trouve des acheteurs. Hydro-Québec vend déjà d’importantes quantités d’électricité à ses voisins et pourra jouer un rôle encore plus important dans la décarbonation des réseaux d’électricité de l’État de New York, de ceux de la Nouvelle-Angleterre, des provinces atlantiques et même de l’Ontario.

La production hydroélectrique québécoise devient ainsi une immense batterie qui facilite le remplacement de la production fossile dans les réseaux voisins et l’électrification de l’économie et le déploiement de nouveaux projets d’énergie renouvelable au Québec.

Le défi sera dès lors de trouver la façon la plus efficiente de répondre aux nouveaux besoins du Québec et à ses objectifs dans le Nord-Est du continent. La production indépendante d’énergie renouvelable est ainsi très bien positionnée. Elle peut prolonger la durée de vie de ses actifs en opération tout en présentant des solutions innovantes à coût compétitif, au bénéfice des clients québécois, des communautés d’accueil des projets et des grands acheteurs d’électricité de l’extérieur de la province.

Ce développement sera inédit dans le sens où il ne devrait pas garantir de quantités d’énergie à une technologie plus qu’à une autre. Il favorisera les partenariats : entre technologies (éolien, solaire, stockage, hydroélectricité et l’hydrogène), entre producteurs, avec les divisions Distribution et Production d’Hydro-Québec. Ce sera un monde qui ne ressemblera sans doute pas à ce que l’industrie a connu dans le passé. Il imposera une capacité d’adaptation et d’innovation sans précédent. Mais une chose est certaine : les opportunités seront au rendez-vous très prochainement, à condition de commencer à se préparer dès maintenant.

Informez-vous sur l’Association canadienne de l’énergie renouvelable, et écrivez à [email protected] si vous aimeriez vous joindre au caucus du Québec.